Citons en premier lieu les lauréats des autres catégories : la Caméra d’Or , récompensant les premiers films et dont le président était l’acteur mexicain Gaël Garcia Bernal , a été remis, est-ce un hasard, … au mexicain Michael Rowe pour Año bisiesto , une relation intense entre une journaliste et son amant.
Pour ce qui est des courts-métrages c’est la suédoise Frida Kempff qui remporte le Prix du Jury pour Micky se baigne et le français d’origine arménienne Serge Avidékian , dont le film Chienne d’histoire évoque de façon métaphorique le génocide arménien en Turquie, reçoit la Palme d’or du court-métrage des mains du réalisateur Atom Egoyan (là aussi, est-ce un hasard, tous deux sont d’origine arménienne.
Un hasard ? Un français récompensé, ce n’est pas original, du moins maintenant. Il y a 2 ans, la Palme d’Or revenait au français Laurent Cantet pour Entre les murs , l’année d’avant c’est le Grand Prix pour Jacques Audiard et le Prix d’Interprétation Féminine pour Charlotte Gainsbourg pour un film non-français. Il en est de même pour Juliette Binoche , lauréate cette année pour un film tourné en Italie par un réalisateur iranien, Copie Conforme où la française joue une galeriste. L’actrice française, émue, a salué celui qui la mit en scène, Abbas Kiarostami , tout en évoquant l’incarcération prisonnière et politique d’un autre réalisateur iranien, Jafar Panahi , originellement dans le jury de cette année.
Deux françaises d’affilée pour le prix d’actrice, mais aussi deux français de suite pour le Grand Prix du Jury car Xavier Beauvois , encensé par la critique pour son film présenté Des hommes et des dieux (film tiré de l’assassinat des moines de Tibhirine), gagne le prix cette année, en remerciant France 3 pour « l’avance sur recette ». On peut donc affirmer que la France reconquiert une compétition située sur son territoire, vu que jamais deux sans trois, Mathieu Amalric est récompensé du Prix de la mise en scène pour Tournée (celle de strip-teaseuses « new burlesque », qui l’ont rejoint sur scène). Cette édition de Cannes 2010 manquait-elle vraiment d’originalité, comme l’ont prétendu les critiques ? En tout cas la France ne boude pas son propre festival.
Evoquons également le retour de l’Afrique dans la sélection et les récompenses : le dernier prix date de 14 ans pour le continent africain. Mahamat Saleh Haroun avec Un homme qui crie , dernier chapitre de sa trilogie sur la relation père-fils, , reçoit le Prix du Jury, éclipsant, est-ce une bonne chose, la polémique sur Hors-La-Loi de Rachid Bouchareb , dont les échos négatifs relèveraient des anomalies et erreurs historiques jalonnant le film. L’oeuvre du metteur en scène tchadien évoque aussi la récente guerre civile du pays. Pour certains le retour à Cannes, juste 4 ans après pour Alejandro Gonzalez Iñarritu ( Babel ), le montre comme un habitué. Ce n’est pas lui qui a gagné mais son acteur Javier Bardem , à égalité avec l’acteur Elio Germano pour le film La Nostra Vita de Daniele Luchetti qui en a profité pour égratigner le pouvoir italien en place. Il était aussi présent il y a 3 ans avec le chef d’œuvre No country for old men dont la prestation avait été très remarquée. Une récompense à retardement ?
On avait déjà évoqué le cas pour Michael Moore , qui était venu avec Bowling for Columbine en 2001 pour ensuite gagner la Palme d’Or avec Fahrenheit 9/11 . Et que dire de Lee Chang-Dong , venu il y a 3 ans avec Secret Sunshine qui avait récompensé son actrice, c’est maintenant à son tour avec le Prix du Scénario pour le film Poetry (une grand-mère suivant des cours de poésie). Mais l’effort a été le plus dense pour Apichatpong Weerasethakul , présent il y a 6 ans avec Tropical Malady : cette année c’est enfin la Palme d’Or avec Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures (la fin de vie d’un homme hanté par des fantômes). Pour l’instant, ce film n’a pas distributeur français.
Si le résultat du palmarès n’est pas si original ou était facilement pressenti - pourtant le Président du Jury était Tim Burton – c’est peut-être que le festival de Cannes ne s’est finalement pas renouvelé ces dernières années, notamment depuis l’apparition du style baptisé « académisme mondial » : la multiplication de films venant du monde entier et tournés avec peu d’argent aurait engendré une uniformisation du cinéma d’auteur de par le monde qui donne l’illusion d’une culture faussement universelle. Cannes défend ces nouveaux auteurs comme un Eldorado.
Mais le festival distingue-t-il vraiment ceux qui surfent sur cette mode et ceux qui en maîtrisent la méthode ? Seul moyen de s’en informer : regarder les films récompensés.








