Un désir de réalisme
Pas d’acteurs pour animer un quelconque docu-fiction, pas non plus de micro-trottoir (un classique dans les documentaires sur le rock) pour demander aux anonymes ce qu’ils pensent des Doors : le film repose sur des images d’archives. La première scène est tirée de HWY - An American Pastoral tourné en 1969 par Jim qui occupe le rôle principal : il vole une voiture et la radio annonce sa mort. A cet instant, on revient au commencement des Doors , suivent les biographies de chacun des membres et les premiers concerts.
Ponctué par les moments phares du groupe comme le fameux concert de Miami, le documentaire est entrecoupé d’ images des années 60 qui nous permettent de mieux comprendre dans quel contexte son nés les Doors . Le film se termine sur la mort de Jim et la fin du groupe. Point essentiel, cette histoire nous est racontée par Johnny Depp , sa voix convient parfaitement car elle ajoute une touche 70’s inimitable. Ne vous méprenez pas : cela n’a rien à voir avec un conte que lirait un père à son fils ; il s’agit ici de l’histoire avec un grand H, … l’histoire des Doors telle qu’elle est arrivée. Cela suppose une nouvelle approche.
L’autre Jim
Le mythe du groupe s’est construit autour de la figure de son chanteur. Jim est celui qui revient le plus l’attention, ce qui est normal pour cet être très mystérieux et charismatique, qualifié de poète maudit, de génie par les uns, d’illuminé, de taré pas les autres.
Tom DiCillo nous révèle un Jim Morrison torturé, très éloigné de la légende qu’ Oliver Stone a montré dans son film. DiCillo dévoile un Jim qui a accédé trop tôt à la célébrité, qui s’en sert, un Jim calculateur qui n’hésite pas à manipuler son public lors des concerts. Une véritable bête de scène qui bouge dans tous les sens. Un chanteur complètement ravagé qui s’autodétruit pour atteindre l’autre côté. Il veut toujours aller plus loin pour découvrir comme il l’explique en 1969 : « Disons simplement que j’éprouvais les limites de la réalité. J’étais très curieux de voir ce qui allait se passer. C’est tout ce que c’était : de la curiosité. »
Il consommait des drogues, de l’alcool mais c’était aussi un génie qui lisait Nietzsche à 15 ans et qui écrivait des textes bouleversants. La fin des Doors était d’ailleurs programmée quoi qu’il advienne, puisque Jim était parti à Paris pour se consacrer à sa passion : la poésie. C’est là qu’il est mort, on ne sait toujours pas exactement dans quelles circonstances. Il est enterré au cimetière du Père Lachaise dans la plus grande discrétion. Après sa mort, les Doors enregistrent deux albums qui ne marchent pas : en 1973 le groupe se sépare définitivement.
Un groupe plus qu’une icône
Très justement, le film se concentre sur les Doors et non uniquement sur Jim Morrison . En effet, les Doors ce n’est pas que Jim Morrison … et le documentaire de DiCillo met en lumière les autres musiciens :
Robbie Kreiger qui a écrit l’un de leurs plus grands tubes "Light my fire" et qui est classé parmi « les 100 plus grands guitaristes de tous les temps » d’après le magazine Rolling Stones . Influencé par le flamenco, c’est aussi un adepte du « BottleNeck », technique souvent utilisée dans le blues et qui donne un son plus métallique à la guitare.
Ray Manzarec , organiste génial qui a fait des études de cinéma comme Jim et qui a été influencé par plusieurs courants musicaux, que ça soit le Jazz ou la Bossa Nova.
le batteur John Desmore qui donne une énergie peu commune à la musique des Doors et qui lui aussi cherche ses influences dans toutes les musiques du monde.
Ce melting pot a crée les Doors : voilà ce que démontre avec justesse le documentaire. Les Doors ne se singularisent pas seulement par de magnifiques paroles ; leurs musiques aussi sont superbes : les partie de mélodie de "Light my fire" ou "When the music is over" permettaient aux musiciens de se lâcher sur des improvisations somptueuses. Les Doors sont donc vraiment un Tout, une parfaite adéquation entre musique et paroles.
En conclusion le documentaire de DiCillo est parfait pour ceux qui connaissent peu les Doors ou qui veulent redécouvrir ce groupe sublime. Il fait le lien entre l’essence des années 60 et la naissance des Doors , ce qui a permis leur succès, et leur chute entraînée par un Jim autodestructeur. Le film nous montre la réalité que Jim Morrison a toujours cherché à transcender. Il redonne ainsi ses lettres de noblesse au groupe qui a si bien marqué les années 60 et influencé des générations entières de musiciens.









