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Georges Romero - Survival of the dead : le chant du cygne ?

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mercredi 2 juin 2010, par Delphine Neimon, Maximilien Lebaudy
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28 mai 2010 : sortie outre atlantique du dernier Romero sur les écrans. Horde de fans zombifiés lâchée dans les rues de San Francisco, ventes d’affiches collector dédicacées, édition de jeux vidéo, articles flatteurs en pagaille, interviews diffusés à longueur d’horror webmags (consulter le groupe Facebook du film pour s’en convaincre), … sinon un succès du moins un évènement.

Autre son de cloche en Europe … “Chiant”, “cheap”, “amateur”, “maladroit”, … Qualifié de « papy » et de « gâteux », devenu l’ombre de lui-même, le maître doit au plus vite prendre sa retraite : les critiques lui reprochent un scénario bâclé, des effets spéciaux de débutant, des acteurs imbuvables, pas de diffusion en salles ; calqué sur l’éternelle même recette éculée, Survival of the Dead ne fait plus ni rire ni peur.

Alors qui croire ?

Les derniers entretiens du réalisateur dévoilent un Romero conscient de son âge, du peu de moyens dont il dispose, du désir de contrôler son oeuvre et du court laps de temps qui lui reste à vivre ; il mesure la concurrence accrue ces dernières années par une véritable zombi-mode qu’il a d’ailleurs contribuée à démocratiser : capable de distinguer les malades de 28 Days later de ses zombies bien morts donc plus inertes (il insiste pour qu’on lui laisse ses zombies tels qu’il les aime, lents et poussifs parce que décédés), il s’inspire toujours des désordres de l’humanité et de son incapacité notoire à gérer les problèmes, comme le prouvent les conflits irlandais ou moyen orientaux qu’il cite en exemple. Une lucidité incompatible avec un Alzeihmer en phase terminale : convenons-en, Romero a toute sa tête et compte bien continuer à tourner.

Peut-on parler de chant du cygne en pareilles circonstances ? Ne s’agirait-il pas plutôt de « survival » comme l’indique le titre avec une pointe d’ironie ? Perpétuer un mythe pétrifié par l’adoration des fans, mis à mal par l’avidité des producteurs et boudé par un public blasé et insensible aux problématiques qui préoccupent Romero depuis le début de sa carrière : cela relève du challenge. La question n’est pas de savoir si il doit continuer à tourner des films mais comment il fait pour avoir encore l’envie et l’énergie de créer dans de pareilles conditions, … et de créer quelque chose de bon.

Car sans tomber dans le dithyrambique, il faut bien reconnaître que Survival of the dead n’est pas un film raté : une île infestée de zombies, deux familles qui s’affrontent pour régler le problème chacune à sa manière, des étrangers qui débarquent et enveniment le conflit par leur seule présence avant de prendre le large sur fond de massacre. Un scénario classique pour ne pas dire simpliste, des personnages peu fouillés : la querelle des o’Flynn père et fille s’avère maladroite, certaines scènes sont inutiles (ainsi la séquence où une femme soldat s’adonne aux plaisirs solitaires plutôt que de céder aux mâles qui l’entourent) ; de même ces jumelles arrivant dans l’histoire comme une pirouette d’écriture, et dont la ressemblance aurait pu fournir matière à de multiples enrichissements (on se souvient encore de l’effet produit par les petites siamoises fantômes dans le couloir sanglant du Shining de Kubrick).

Des maladresses, des facilités, certes … mais ce film présente néanmoins des particularités qui en font selon nous un opus quelque peu différent de ses sanglants prédécesseurs. Une autopsie s’imposait ; en voici les résultats.

La pièce manquante

Récit effectué par le personnage de « Sarge », le film approfondit le parcours de ce soldat pilleur de grand chemin que l’on voit apparaître dans Diary of the Dead (la scène est reprise dans Survival) et qui mourra dans Land of the dead. Une manière donc de relier les trois derniers opus en un tout et d’éclairer la chronologie.

Une manière également de creuser certains aspects des films précédents. Difficile de voir Survival sans penser à la scène de Dawn of the dead où l’on assiste à une chasse aux zombies mêlant joyeusement gardes civils et campagnards sur fond de musique country. La scène dans la chaufferie du bateau est également un clin d’œil à Dawn tandis que la séquence du petit port nous renvoie directement à la piscine de Diary et au port de Land. L’usage du collier, les perches et le contingentement dans des écuries rappellent bien sûr le corral de Day of the dead.

Trop nombreuses pour être des redites, ces références offrent une nouvelle exploration des grandes lignes du mythe, une sorte de synthèse des traits marquants pour expliquer la dérive finale de Land of the dead  : si les premiers signes d’intelligence des morts vivants apparaissent clairement dans ce film, le très rapide passage sur le jeu télévisé annonce la banalisation du phénomène et son exploitation mercantiliste actionnée dans Land.

Survival of the dead constitue donc la pièce manquante qui unifie l’ensemble de la saga. Il relie la totalité des épisodes pour en creuser certains aspects tout en leur conférant une unité. Le réalisateur explique qu’il a repris certaines scènes non exploitées dans les scenarii précédents. Il semble surtout qu’il veuille désormais adopter un mode narratif axé sur l’exploration plus fouillée de certaines figures, de certains aspects jusqu’ici laissés pour compte.

Une fable lucide et sombre

La colère source de conflit : voici la logique dont Romero cherche à démonter les mécanismes sur fond de fable zombiesque, mais avec une approche beaucoup plus vigoureuse, et disons-le sans espoir. Le choix d’une île coupée du monde comme décor de l’intrigue facilite son propos. Dans ce microcosme à l’équilibre précaire, la présence des morts-vivants assortie de l’arrivée d’« étrangers » envenime une querelle fondée sur le néant : la rivalité des deux patriarches date de l’école primaire et serait risible au dernier point (on appréciera l’infantile « say you was wrong » lancé comme un défi par l’un d’entre eux) si elle n’autorisait les manipulations et les coups bas les plus méprisables.

Autant dire qu’on dépasse vite le discours lénifiant adopté par chacun des camps : « il y a une cure », « un bon zombie est un zombie mort », répétés en boucle depuis le tout premier film de la série, les deux adages ne veulent ici plus rien dire du tout. Le clivage est accentué par des modes de vie antithétiques ; les Muldoon sont des fermiers tandis qu’O’Flynn est un homme de la mer, un pêcheur. Et histoire de compliquer encore la situation, le clan Muldoon cite la Bible à longueur de répliques en exhibant la photo des chers disparus sur leur lit de mort, revendiquant bien haut « the need to keep them with us ». Il suffit de voir le chef de famille sirotant son whisky dans son rocking chair sur la terrasse de son ranch, la carabine à portée de main pour comprendre qu’il ne lâchera pas un pouce de terrain.

Sensible à la réalité des minorités, Romero entremêle les antagonismes opposant les ruraux de l’île aux étrangers venus de la ville, les civils aux militaires, les jeunes aux vieux, insistant sur un réflexe grégaire résumé en une question cinglante : « Are you with me or against me ? ». Dans une situation aussi tragique, cette vision manichéenne souligne la perte des priorités et du simple sens de survie. Ironie du sort, ce repli communautariste sur des valeurs poussiéreuses avorte la solution miracle : la seule personne qui pourrait témoigner que les morts vivants se nourrissent enfin de chair animale est abattue lors de la tuerie finale, emportant cette découverte dans l’au-delà.

Le glissement des genres

Ce film pessimiste échappe aux règles gore adoptées jusqu’ici par le réalisateur. Nous trouvons bien ici et là un modus operandi un peu original (l’exécution par extincteur ou le pic à saucisse) mais dans l’ensemble, c’est assez classique : oubliées les trouvailles de Dawn (la décapitation par hélicoptère ou la séquence de la machette sont anthologiques, merci au génialissime Tom Savini) et les éviscération de Day.

Moins d’effets spéciaux donc et de moins bonne facture, budget oblige. Des zombies sans charisme, complètement anonymes et l’on se prendrait à regretter le Krishna et l’infirmière de Dawn, la mariée de Day ou le pompiste de Land si cet anonymat ne servait le film. Dans cet univers, les morts ont moins de valeur car les vivants n’en ont plus. Devenus des « Dead Heads », ils sont éxécutés à la chaîne selon une arythmétique monstrueuse énoncée par le narrateur dés la première réplique du film. On les abat froidement comme des chiens enragés.

Plus de gore ou d’horreur mais un malaise latent devant des images particulièrement dérangeantes : comment ne pas penser à la maltraitance devant ces gosses enchaînés dans leur lit cage ? Quant aux têtes coupées et fichées sur des pieux (que des individus de couleur au passage) ils rappellent certaines photos tristement célèbres du conflit vietnamien. Dans cet univers sans pitié, la violence règne en maître. Majoritaire masculin, ce microcosme ne laisse guère de chance aux femmes et aux enfants qui constituent les premières victimes de l’hécatombe : la mère qui prétend défendre ses deux petits est abattue sur le champ. Justice expéditive digne du Far West.

Le film ne s’inspire pas de Big Country de William Wyler pour rien. Là se situe une autre particularité de l’oeuvre de Romero. Costumes, répliques, attitudes des acteurs, nous sommes dans un western. Même la scène finale ressemble à une bagarre de saloon. Quant à l’héroïne, elle se fait prendre au lasso dans la plus pure tradition du genre. Mais on détecte ça et là d’autres influences : la séquence de la pêche au zombie se calque sur la scène de pêche ratée de Jaws 1 et celle du phare dans Fog ; la scène finale où Janet cherche à faire entendre raison aux deux clans semble calquée sur celle du corral de The Misfits. Quant au dernier plan, il semble s’inspirer des Duellistes. Des références d’autant plus riches qu’elles se doublent de plans superbes sur une nature magnifique.

Ce retour à la nature (jusqu’ici les films de Romero étaient relativement urbains ou du moins des huis clos situés dans des habitations ou des lieux de vie marqués de civilisation) s’accompagnent de l’exploitation de symboles assez forts. Passons sur les références récurrentes à la Bible et le corbeau qui traverse l’écran comme dans un vieux film de la Hammer pour nous concentrer sur la présence du cheval : c’est un animal chargé de sens car psychopompe ; selon les croyances, il a la capacité de passer du monde des vivants au monde des morts. Dans cette perspective, le festin final prend un tout autre sens : nos zombis hippophages effaceraient-ils les limites entre vie et mort tout comme cette morte qui galope au travers de l’île sans jamais s’arrêter, à l’image des chasses diaboliques du Moyen Age stigmatisées par des peintres comme Brueghel, Dürer ou Fuesli ? Le symbole est fort sans conteste : il rappelle surtout que dans les périodes de trouble extrême, l’homme se raccroche aux superstitions au détriment de la raison.

On qualifiera peut-être notre analyse de verbiage intellectuel. Peu importe, nous assumons. Car à nos yeux, le dernier opus de Romero amorce un tournant esthétique, narratif et symbolique. Il se dit prêt à continuer son travail. Nous avons hâte de voir … en espérant que ses prochains films seront diffusés sur les écrans français. Quoique … avant-gardiste comme il est, Romero ne serait-il pas en train d’initier un cinéma dédié à internet ?

Photo courtesy of Magnet Releasing.

Et plus si affinités

http://magnetreleasing.com/survivalofthedead/#

mercredi 2 juin 2010, par Delphine Neimon, Maximilien Lebaudy
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