Tout au long du film on suit le parcours de deux familles habitant le même immeuble, les Weismann et les Zygler ainsi que celui de l’infirmière Annette Monod, témoin de cette tragédie. La réalisatrice s’est documentée à la fois sur l’évènement et les images d’archives pouvant s’y rapporter mais aussi sur les grands films évoquant cette époque, en premier lieu La liste de Schindler de Steven Spielberg .
En effet elle s’essaie à un montage parallèle entre bourreaux et victimes, partisans de la machinerie du mal et opposants. Le premier problème de ce procédé est l’incarnation d’Hitler. Plutôt maladroite, elle ne joue en rien sur le film, bien que Roselyne Bosch aille jusqu’à s’inspirer de certaines images d’archive d’Hitler rejouées par l’acteur occupant le rôle : ainsi les multiples clichés du dictateur dans sa maison de campagne, notamment celle où il danse, qu’on peut trouver dans le documentaire De Nuremberg à Nuremberg .
De plus, ce montage relève plus souvent du manichéisme formel : tout à tour on voit les « méchants » dans leur confort et les « gentils » dans leur désespoir bien qu’aidés par des français solidaires. L’ensemble serait plus proche d’un style télévisuel que d’un pari cinématographique. Est-ce parce que l’œuvre est produite par les trois puissances télévisuelles françaises que sont TF1, France Télévisions et Canal + ?
Néanmoins la réalisatrice réussit par à-coups son projet cinématographique en immergeant le spectateur dans l’espace filmique (l’entrée d’Annette dans le Vel’ d’Hiv, les séquences de pause dans la persécution lors de prières juives ou de musique dansante) et s’essaie à figurer les camps dans la dernière partie du film voire l’extermination par les crematoriums.
Mais là est le second problème : à quoi veut réellement en venir le film ? À dénoncer une horreur qui ne doit plus arriver ? Dans ce cas, il aurait tendance à dériver vers le larmoyant : la plupart des personnages sont des enfants, ce qui certes augmente la portée émotionnelle de l’histoire (la déportation des enfants juifs demeure un sujet difficile à traiter comme en témoigne le magnifique Au Revoir les enfants de Louis Malle ). Mais je me demande si cela n’entrave pas la réflexion historique pure.
Car si ce film porte un enseignement sur la collaboration d’Etat du régime français de Vichy avec le nazisme, une page de l’histoire française encore très présente dans l’actualité, il y réussit difficilement : les quelques huis clos aux lumières tamisées de rencontres entre fonctionnaires allemands et français ne font guère le tour du problème.
Avec sa fin à rallonge, La Rafle tente donc de se démarquer par son émotion distillée tout au long du film : c’est vraiment dommage car c’est le premier long-métrage de fiction traitant du fait historique du Vélodrome d’Hiver. Rachid Bouchareb , avec Indigènes a connu du reste le même type de problème à savoir : hésiter entre émotion et histoire.









