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Quelles solutions franco-européennes pour limiter l’invasion hollywoodienne ?

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jeudi 27 septembre 2007, par C.C.
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La Commission européenne, pour 2007-2013, consacre plus de la moitié du budget de son programme MEDIA à « l’aide à la distribution et à la promotion des films européens à l’extérieur de leur pays d’origine, à travers l’Europe et dans le monde entier ». Les films européens souffrent en effet d’un manque de visibilité dans les salles autant que d’une curiosité très limitée de la part des spectateurs. Sur sept ans, ce sont 755 millions d’euros qui vont être investis dans ce programme de cofinancement de productions audiovisuelles, concentré sur la pré et la post-production.

Dans le cinéma européen, la France tient une place de première importance : son volume de prodution est le plus important. Cette situation est largement due à son système de soutien cinématographique, ancien, qui offre une aide à la création audiovisuelle à toutes les échelles

Un cinéma français historiquement protégé

La domination américaine sur le cinéma mondial a commencé avec la Première Guerre mondiale, qui a placé les économies et territoires européens en difficulté. Et c’est surtout à la Libération, après la Deuxième Guerre mondiale, qu’est née une volonté politique de protéger le cinéma français face à l’invasion américaine. Alors que, pendant la guerre, les films hollywoodiens ne parvenaient pas au public français, le marché aurait dû leur être ouvert dès 1945. C’était sans compter sur la volonté de préserver les recettes de la deuxième industrie nationale : le gouvernement provisoire décide en 1944 d’interdire la projection de films américains sans accord économique avec les Etats-Unis (l’époque voit également apparaître le CNC, anciennement Direction du Cinéma). Des accords sont signés en juin 1945, instaurant un contingent et faisant naître « l’exception culturelle française ». Ils ne satisfont ni le public qui souhaite plus de films américains, ni les artistes et producteurs français qui souhaitent plus de place pour le cinéma national. Alors que la production française est en difficultés et que les problèmes économiques liés à la reconstruction ne donnent pas la priorité au septième art, l’idée d’une nationalisation du cinéma effleurera même certains esprits, avant d’être abandonnée au profit de financements mixtes. Cette crise a engendré la volonté de préserver un cinéma français avec ses particularités.

Si la politique de soutien à la production cinématographique en France a évolué au fil des années, la fameuse « exception culturelle » est néanmoins restée d’acutalité, avec des quotas de diffusion de films français et des aides à la création. Aux niveaux étatique, régional, départemental ou local notamment, des financements peuvent être octroyés aux créateurs français (même pour un film en co-production s’il est en partie français) sous diverses formes, comme par exemple une avance sur recettes.

En Europe...

Les cinémas européens, avatars d’une culture et d’une identité européennes aux multiples facettes, sont mal connus au-delà des frontières de leurs pays respectifs, toujours moins bien connus que le cinéma hollywoodien. En Europe, ce problème de manque de circulation des oeuvres s’ajoute aux difficultés à trouver des financements importants. La production européenne est très inégale d’un pays à l’autre. C’est pourquoi la Commission européenne, notamment à travers le programme MEDIA, pratique une sorte de discrimination positive, afin de donner plus de moyens aux cinéastes des pays les moins avancés sur le plan de la création cinématographique.

La France s’est certes dotée très tôt d’une protection de son cinéma, mais ce n’est pas le cas de tous les autres pays européens, ce qui explique la nécessité de l’intervention économique de la Commission européenne. L’engouement du grand public pour le cinéma américain laisse parfois peu de place aux créateurs européens. Des financements privés peuvent être difficiles à trouver, l’audace de certains réalisateurs peut faire peur aux exploitants et freiner l’investissement. Le programme MEDIA a notamment aidé à la production de L’Auberge espagnole (C. Klapisch), Sophie Scholl (M. Rohemund) ou Tout sur ma mère (P. Almodovar), pour ne citer que quelques films restés dans la mémoire cinématographique européenne récente. MEDIA finance une centaine de festivales et a également permis la création de projets à grande échelle, comme :
- CinemaNet Europe, pour la diffusion de documentaires sur grand écran grâce à la transformation de salles indépendantes en cinémas capables de projeter des oeuvres numérisées ;
- Cartoon, pour structurer et consolider le marché des films d’animation européens ;
- EuropaCinemas, réseau de cinémas indépendants projetant des films européens, en particulier non nationaux, grâce au soutien de l’Union européenne. Il participe aussi à l’éducation et à la sensibilisation au cinéma et promeut le recours aux technologies numériques.

En dépit des aides, des structures mises en place et du dynamisme de la production européenne moyenne, les cinémas européens souffrent de la domination d’un cinéma américain plus riche. Plus de 70% des films américains sont diffusés sur nos écrans tandis que la part des films européens sortant de leurs frontières n’est que de 6%. Comme pour résumer la situation, Wim Wenders, cinéaste allemand, a dit : « L’Europe a plus besoin de son cinéma que le cinéma de l’Europe ». Il semble en effet que, malgré de grands talents désormais mondialement reconnus (comme Almodovar), la production européenne ne parvienne pas à concurrencer, en nombre de spectateurs, les grosses productions américaines.

Comme pour concrétiser l’absence d’unité dans les cultures européennes et les difficultés du consensus permanent pour les faire se répondre dans le respect des différences, chaque cinéma national souffre de l’incompréhension du public de ses voisins autant que du manque de curiosité de celui-ci. L’identité européenne, chaque jour négociée entre des cultures très différentes, est riche d’une diversité unique... et est pourtant très mal connue sur son propre continent. La promotion du cinéma européen en Europe pourrait-elle alors passer par une éducation culturelle ouverte sur les cultures européennes autant que par les aides à la production ?

Sans doute le cinéma européen doit-il trouver sa propre voie et ne pas chercher à se calquer sur le modèle américain. Dès les débuts du cinéma, ce qui différenciait un film européen d’un film américain était essentiellement l’approche choisie : plus de psychologie en Europe, plus d’action aux Etats-Unis. Mais l’audace et la créativité, qui ne remplissent pas nécessairement autant les salles obscures que le dernier super-héros en collants, représentent des investissements parfois risqués que peu osent tenter. Il apparaît clairement que les aides financières et les structures ne suffisent pas, car elles se heurtent au faible engouement de la part du public. Si certains films de divertissement sont parfois de francs succès et permettent le financement de films d’auteurs, ces derniers ne bénéficient pas toujours d’un écho à la hauteur de leur intérêt culturel. Alors que la volonté d’un « rayonnement culturel européen » grandit, de nouvelles solutions sont à chercher pour promouvoir un cinéma parfois jeune, souvent novateur et talentueux, non seulement sur le continent auquel il "appartient", mais aussi dans le monde entier.

jeudi 27 septembre 2007, par C.C.
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