Michael Moore est de ceux qui ne laissent pas indifférent. On aime, on n’aime pas, mais on en parle. Sicko est son nouveau long métrage, présenté en avant-première à Cannes le 19 mai 2007, hors compétition. Certains parleront volontiers d’un documentaire ou d’une enquête, et nous diront que Michael Moore est un journaliste. En fait, il s’approche plus du caricaturiste à la limite de la mauvaise foi, et Sicko en est encore un exemple.
Cette fois, le réalisateur s’attaque au système de santé américain, dans lequel les remboursements de soins est uniquement le fait de compagnies d’assurance privées.
Esthétiquement, cela pourrait presque avoir l’air d’un documentaire, mais l’habit ne fait pas le moine. Michael Moore empile les témoignages qu’il a sans doute voulu très forts et qu’il a trouvés grâce à Internet, sans jamais donner la parole aux accusés (!) et il se lance même dans une comparaison des systèmes de santé canadien, anglais et français. Il choisit des exemples peu représentatifs qu’il décrit de façon caricaturale. Sa peinture de notre système de santé est particulièrement affligeante tant elle est naïve. Ainsi, nous apprenons entre autres absurdités que le temps d’attente dans un service d’urgences se compte en secondes. Histoire de voir jusqu’où nous sommes prêts à le suivre en nous croyant « informés », le réalisateur va même jusqu’à emmener des sauveteurs du 11 septembre se faire soigner à Cuba, où ils sont évidemment très bien reçus et soignés gratuitement. Si l’on suit volontiers Moore lorsqu’il parle des dérives du système de santé américain, il est difficile de le prendre au sérieux tout au long du film. Lui, en revanche, se prend au sérieux et parle de Sicko comme d’un documentaire et d’une enquête -tout en étant conscient d’user de clichés lorsqu’il décrit les systèmes de santé canadien, anglais et français-. Difficile de ne pas sourire de Sicko.
Pour enrober cette petite merveille, Moore n’hésite pas à mettre en avant l’enquête dont il est ou a été l’objet après avoir violé l’embargo en vigueur sur Cuba. Son plan marketing contient aussi un passage dans lequel il explique qu’il a dû cacher les bobines de son film pour que l’administration Bush ne les détruise pas.
Pris au piège par l’image de provocateur qu’il s’est lui-même donnée, Michael Moore devient malhonnête dans ses critiques et se prive de la crédibilité qui lui serait nécessaire pour faire de son film un document à l’origine d’un débat de fond. Avis aux anti-américains un peu chauvins, Sicko devrait vous plaire. Sinon, voyez-le comme un spectacle, car ce n’est rien de plus qu’une mauvaise caricature.









