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The killer inside me - Michael Winterbottom : La menace intérieure

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mardi 14 septembre 2010, par Yvan Bayama
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L’histoire prend place dans une petite bourgade texane, dans les Etats-Unis des années 50 (elles ont bon dos avec le succès Mad Men) où un flic sans histoire, Lou Ford, doit inciter une prostituée notoire à quitter la ville. Mais après leur rencontre, c’est lui qui ne la quitte plus. Premier malaise ? Oui, la prostituée en question, Joyce, réveille chez Lou des souvenirs enfouis, et il y en aura d’autres car ce flic en question a un problème, il peut être la proie de violentes pulsions sexuelles ou meurtrières et la différence est infime …

Il se met à échafauder un plan pour se venger de celui qui a tué son frère, le magnat pétrolier de la ville, Chester Conway. Nous devenons alors les spectateurs d’un film néo-noir. En effet le coupable qu’on recherche est le personnage principal, mais ce n’est pas là l’originalité. De plus, on a donné au protagoniste les habitudes propres au héros de film noir : cigarettes ou cigare, whisky et goût de la musique avec un peu de pratique.

La déviation des codes du genre est d’abord dans le traitement de la femme fatale. Jessica Alba, incarnant Joyce Lakeland, prend des risques pour la seconde fois de sa carrière, après l’original Sin City, la voici en femme-objet (du désir) assouvissant les pulsions du héros. Elle n’a pas besoin d’être blonde ou de porter des talons hauts, elle arrive avec justesse à déposer son empreinte filmique, juste par les mouvements de son corps souvent peu vêtu. Cela peut amener même jusqu’à la figurer comme une image mentale, un souvenir, un rêve.

Ce qui enclenche la deuxième déviation, le triangle amoureux apparaissant plus isocèle qu’équilatéral est complété par Kate Hudson ; cette dernière sort aussi des rangs et colorant sa chevelure blonde d’un brun ébène pour incarner Amy Stanton, la « fiancée », le faire-valoir social du protagoniste, alors que dans le film noir d’habitude cette femme assure le salut car on peut construire un futur avec elle. On peut ajouter qu’à la subsistance du récit d’enquête, on connaît déjà le coupable, on assiste à un récit linéaire qui peut déconcerter, voire mettre mal à l’aise…

Le réalisateur anglais Michael Winterbottom, connu pour son éclectisme filmographique (Un cœur invaincu, Road to Guantanamo…) et son goût de la provocation (9 songs), installe des cadrages serrés au plus près de ses personnages, afin de souligner la paranoïa latente : qui surveille Lou ? Le spectateur peut entrer dans le psychisme criminel du héros qui lutte contre ses phantasmes (le flou des souvenirs…). Cela permet d’appuyer le malaise social, cette ville ne devrait pas avoir de problèmes, mais la marque du père absent (pour l’anti-héros avec ses souvenirs comme pour le fils de Chester Conway, Elmer ou même le pompiste Johnnie) et la mainmise du patron pétrolier qui va jusqu’à s’occuper des soins importants de la supposée coupable pour s’assurer qu’elle soit condamnée à la peine de de mort soulignent l’hypocrisie s’infiltrant sournoisement dans le microcosme des petites villes.

Et tout ceci est catalysé par Lou à la fin du film… On comprend par conséquent que cette mise en scène permet d’installer une contradiction flagrante avec le décorum des petites villes américaines, tout en isolant le héros. Contrairement aux codes du genre, les actes sont raisonnés, les pulsions sont pensées puis accomplies, mais nous remarquons que l’instant d’après, fondamentalement, rien ne change. Le réalisateur s’essaie donc à montrer la violence telle qu’elle est sans juger l’action, c’est assez naturaliste dans la réflexion, dans le sens d’une étude de la bestialité : l’attitude pulsionnelle du héros peut rappeler un comportement animal.

D’ailleurs, Casey Affleck, n’en finit plus de prouver qu’il est un acteur épais et complexe. À tout juste 35 ans, en en paraissant 10 de moins, le plus jeune des frères Affleck, peut-être le plus talentueux, joue un autre Ford après sa prestation consacrée dans L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Avec sa voix éraillée qui ressemble à celle d’un adolescent (il jouait là-dessus dans le film cité ci-dessus), il se montre en bon officier de police sur tous rapports pour finalement jouer les faux-semblants quitte à déstabiliser voire choquer. On ne pas peut dire qu’il incarne un personnage machiste, mais plutôt sadomasochiste, ce qui empêche de regarder dans ses propres tourments, d’interroger ses propres démons seulement à la fin…

La dialectique de son personnage évolue entre les jours ensoleillés où rayonne sa plaque d’homme des forces de l’ordre et ses petits mots gentils pour ses concitoyens, et la nuit bleutée et froide ou le cloisonnement d’une pièce, une chambre, une cellule ou une cuisine, qui lui permettent soudain d’arrêter de mentir et d’assouvir enfin ses pulsions. L’acteur, en se montrant peu expressif, assure alors le déséquilibre dans une atmosphère qu’il infuse de luxure, de non-dit et de perversité. Il rend son personnage d’autant plus sympathique et intéressant qu’il est selon le réalisateur violent.

Pour conclure, ce film tiré du roman de Jim Thompson dont d’est la seconde adaptation, sort de l’ordinaire. Bien maîtrisé, il propose une réflexion sur le malheureux constat que les hommes sont destructeurs par nature sans forcément avoir des raisons pour les guider. De l’animalité des personnages du film, à la pensée de Paul Virilio dans son livre Ville Panique affirmant que « l’homme fût d’abord prédateur, puis producteur et maintenant exterminateur », le film nous montrerait-il une vérité du monde ?

mardi 14 septembre 2010, par Yvan Bayama
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