L’étudiante Wong est chargée par ses camarades de la troupe de théâtre amateur de l’université d’approcher M. Yee, un collaborateur notoire, sous la couverture de la riche Mme Mak. Après un premier contact infructueux, une deuxième chance se présente quelques années plus tard. Wong, devenue la maîtresse de M. Yee, alors chef de la police secrète japonaise, a pour mission d’amener celui-ci à commettre une imprudence fatale. Mais le doute saisit Wong tandis que son amant pénètre peu à peu son cœur.
Le parallèle entre l’initiation cruelle de ces étudiants à la résistance et la découverte par Wong d’une sexualité à la fois douloureuse et jouissive avec l’ennemi parvient à créer un réel malaise.
Pour son premier rôle, Tang Wei (Wong) crève l’écran lorsqu’elle se métamorphose en Mme Mak. La force de Wong est de ne pas jouer Mme Mak, mais de croire qu’elle est réellement cette riche expatriée. Elle devient alors une chose entre les mains de M. Yee qui la soumet sexuellement pour se sentir vivant et expurger ses crimes. Pour l’anecdote, la version censurée sortie en Chine amputée des très belles scènes érotiques donne du film une version beaucoup plus romantique au détriment de toute l’ambiguïté de cette relation charnelle qui révèle peu à peu les failles de ses protagonistes.
Lust, Caution est aussi un film très émouvant qui montre qu’il n’y a pas de place pour l’amateurisme dans l’engagement auquel Wong et ses camarades aspirent. Le film décrit le désenchantement progressif de ces étudiants, broyés par une machine politique qui les dépasse. Il y a une scène révélatrice dans le film dans laquelle le groupe est contraint d’éliminer un individu qui les a démasqués. Si la scène pèche au final par excès, elle met en évidence que tuer ne s’improvise pas et préfigure la chute finale de ces étudiants qui paieront au prix fort leur engagement naïf.
Une seule réserve : cette impression glaciale, au-delà même du personnage de M. Yee qui est d’une extrême cruauté mentale et physique, que le film a du mal à dissiper et qui en ce qui me concerne m’a empêchée d’être complètement "dedans".
Lust, Caution n’en reste pas moins un film bouleversant qui confronte tout un chacun à la question de l’acte de résistance.








