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Homme au bain de Christophe Honoré

mardi 11 octobre 2011

Un film trop mal compris par les médias

Un an après Non ma fille tu n’iras pas danser avec Chiara Mastroianni, Christophe Honoré revient avec Homme au bain.
Chiara Mastroianni est toujours présente dans le casting mais cette fois c’est François Sagat, le célèbre acteur porno gay qui tient le rôle principal. est sans doute le film d’Honoré le moins accessible, tout d’abord par ses scènes clairement explicites mais aussi par un esthétisme brut de décoffrage.

Le film est à l’origine une commande du théâtre de Gennevillier, une carte blanche donnée à Honoré, pour réaliser un court métrage. Seul impératif dans le cahier des charges : un tournage rapide et filmer l’action à Gennevilliers. Honoré, artiste jusqu’au-boutiste, va opposer à la ville de Gennevilliers, son contraire absolu : New York et réaliser in fine un long métrage.

Ce sont donc deux films qui nous sont proposés de voir : des séquences distinctes entre les deux cités, mais reliées entre elles par un montage alterné très judicieux. Au grand sens du cadre des scènes de vie parisiennes, sont opposée, des scènes plus brutes, de moments de vie volés et filmés par une caméra toujours en mouvement dans la mégapole américaine. Dans ce film, Honoré expérimente, propose une narration quasi non dialoguée qui repose sur le jeu instinctif de François Sagat.

Nikkyta B. a rencontré François Sagat :

François Sagat, issu du cinéma pornographique, tient le film d’un bout à l’autre avec un naturel et une sérénité désarmants. J’ose dire sans demi-mesure que ce jeune acteur brille par ses nombreux silences.
En effet, celui qui se voit comme un élève face Chiara Mastroianni et Christophe Honoré, arrive à faire passer toute la mélancolie et le désarroi de son personnage avec beaucoup d’intelligence et de justesse.

Lors de la conférence de presse, il est apparu comme un jeune trentenaire qui ne semble pas perdre le contrôle de son image, façonnée pour le cinéma pornographique. Il avait son corps comme capital, désormais c’est avec son esprit et sa sensibilité qu’il touche et surprend.

Parler de ce film, c’est bien évidemment évoquer la solitude et l’abandon. L’abandonné se retrouve seul dans un espèce de huit clos oppressant où les corps défilent pour faire oublier cet autre parti. Pendant ce temps l’abandonneur découvre quant à lui, un monde plus urbain où les gens fourmillent de façon incessante ne laissant aucune place à l’isolement. Le montage alterné permet d’exacerber la dualité entre les mondes, les personnages et leurs émotions.
Peut-être est ce trop explicite de les séparer dans deux villes bien distinctes pour les faire avancer dans des vents contraires, peut-être que ces scènes New Yorkaises viennent parasiter le film allant presque jusqu’à le paralyser ? (Rappelons que Homme au bain devait être qu’un simple court-métrage de commande.)

A chacun son avis car le tout reste très intelligent et intéressant. Ce dernier film de Christophe Honoré va sans nulle doute faire parler de lui. Il dure 1H12 mais semble plus long, plus que le film c’est le spectateur qui s’essouffle. Beaucoup diront que les scènes à New York sont de trop, en effet c’est à débattre, d’autres seront choqués par les scènes à caractères sexuels.

Mais une chose est sûre, si Christophe Honoré a fait le pari de faire d’un de ces acteurs pornos tant méprisés, un performer d’une efficacité qui ne s’apprend pas, alors pari réussi ! Si Christophe Honoré a voulu montrer à son public qu’il était maître de son cinéma, là aussi c’est réussi !